880 000 FCFA, c’est le montant que l’Etat burkinabè versera désormais, sous forme de salaire, à chaque « député » du Conseil national de transition (CNT). Ils sont 90 « députés » désignés par des structures qu’ils représentent. C’est donc un simple organe dit de transition qui remplace l’ancienne Assemblée nationale, dissoute après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre. Ce salaire, bien coquet, se décompose en salaire de base, en indemnité de suggestion, de session, de carburant, de santé et de secrétariat.
Comme quoi, un député, ce n’est pas n’importe qui. Même en période de transition. Justement, si les Burkinabè ne sont pas contents de leurs « députés » ou du montant crient au scandale après avoir pris connaissance du montant de 1 778 000 F CFA comme salaire, c’est parce que, en vérité, « plus rien ne devrait être comme avant ». Malheureusement, nos « députés » se sont presque conformés à des textes qui existent sous les législatures passées pour fixer leurs émoluments. N’allons donc pas leur demander de réviser des lois, surtout quand celles-ci concernent leurs émoluments.
C’est pourquoi, il faut être réellement inquiet. Et ce d’autant plus que le président du CNT, journaliste de son état, a semblé vouloir faire une certaine omerta sur ces salaires. En qualité de président de l’organe central chargé de la révision des textes pour que « plus rien ne soit comme avant », il devait prendre les devants et communiquer fortement sur les conditions dans lesquelles travaillent ses collègues. En outre, Sankariste comme Sankara ( ?), il ne devrait pas non plus hésiter à expliquer, quitte à se faire taper sur les doigts, raisons qui ont milité en faveur des choix qui leur permettent de s’octroyer de tels salaires.
Mieux, il a fallu que la presse spécule fortement sur la question, que le Balai citoyen aille rencontrer les premiers responsables du CNT. Et même là, les chiffres qui leur ont été fournis n’étaient pas les vrais. Il a fallu l’émission de la télévision nationale sur les salaires des « députés » de la transition pour que, par la voix du « député » Alexandre Sankara, les Burkinabè sachent la vérité. Qu’est-ce que Sy Shériff et ses camarades veulent cacher ? Eux qui ont crié sur tous les toits que « plus rien ne sera comme avant ? En se comportant de cette manière des plus suspectes, ils donnent raison à ceux qui ont dit et insisté qu’ils ne sont pas venus pour changer des choses. Et que même s’ils doivent les changer, ces changements ne s’appliqueront pas à eux.
Maintenant que tout est su ; que les Burkinabè ne sont pas contents de la forme et du fond ; qu’entre eux-mêmes au sein du CNT ils se rejettent la responsabilité, doit-on s’attendre à ce que le président Sy prenne ses responsabilités et tranche la question ? En tout cas les Burkinabé lui seront très reconnaissants, car en cette période de vie chère, même avec 880 000 F CFA, soit environ 25 fois le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), est tout simplement une injure non seulement à ce peuple, mais surtout à l’insurrection populaire et à la mémoire des victimes. Dont les parents de certaines sont en ce moment seuls à faire face aux difficultés liées à leur disparition.
Si les membres du CNT doivent se référer aux lois qui existent pour fixer leurs émoluments, autant ne pas parler de réformes. Ou bien doit-on comprendre que les réformes ne concernent que les autres ? En décidant de renoncer à 30 % de leurs émoluments, ils ont sans doute rectifier le tir. Mais là où la question reste posée, c’est qu’en serait-il si le peuple n’avait pas réagi ? « Plus rien ne sera comme avant ». Que cela soit bien entendu et clair, comme dirait quelqu’un.
Dabaoué Audrianne KANI
L’Express du Faso

