Câest avec une grande stupĂ©faction et indignation que nous avons appris lâagression ce samedi 12 novembre 2022 de quatre travailleurs au CHU Tengandogo : un vigile, une fille de salle, une aide-soignante et une sage-femme dâĂtat ont Ă©tĂ© agressĂ©s Ă lâarme blanche dans lâexercice de leur profession par un accompagnant dâune patiente malheureusement dĂ©cĂ©dĂ©e.
Ces Ă©vĂšnements viennent nous rappeler lâinsĂ©curitĂ© grandissante dans nos formations sanitaires avec la multiplication des actes dâagressions verbales et physiques envers les agents de santĂ©. Nous avons encore en mĂ©moire lâagression du personnel des urgences traumatologiques du CHU Yalgado OuĂ©draogo, celle de lâinterne au CHU SourĂŽ Sanou de Bobo et bien dâautres, parfois passĂ©es sous silence.
Tout en prĂ©sentant nos condolĂ©ances Ă la famille de la dĂ©funte, nous condamnons fermement ces actes de violence ignobles. Nous tĂ©moignons notre solidaritĂ©, notre compassion et notre soutien aux agents blessĂ©s et Ă toute lâĂ©quipe soignante du CHU Tengandogo. Nous voudrions rassurer les populations que lâhĂŽpital reste un endroit oĂč les agents de santĂ© travaillent Ă sauver des vies, Ă soulager des douleurs, mais aussi Ă accompagner dans le cadre des soins palliatifs ; ce malgrĂ© des conditions de travail trĂšs difficiles.
Face Ă la persistance et la violence grandissante de ces agressions, il devient plus quâurgent de trouver des solutions idoines pour ramener la sĂ©curitĂ© afin de permettre aux agents de santĂ© de travailler Ă soigner les burkinabĂš en toute sĂ©rĂ©nitĂ©. Nous ne pourrons pas continuer Ă prodiguer des soins en ayant la peur au ventre dâĂȘtre agressĂ©s par un accompagnant mĂ©content. Câest pourquoi la F-SantĂ© en appelle encore une fois de plus au sens Ă©levĂ© de responsabilitĂ© des citoyens du Burkina Faso afin dâĂ©viter ces perturbations intolĂ©rables de la quiĂ©tude nĂ©cessaire pour la prise en charge de tous les patients, particuliĂšrement dans le contexte sĂ©curitaire actuel. De nombreux canaux existent Ă notre disposition en tant que citoyens pour exprimer nos dĂ©saccords et griefs et nous Ă©viter de nous faire justice nous-mĂȘmes.
Nous appelons les responsables des formations sanitaires et le ministĂšre de la SantĂ© et de lâHygiĂšne publique Ă prendre toutes les dispositions nĂ©cessaires pour y assurer la sĂ©curitĂ©, notamment par :
- la rĂ©affirmation de la dĂ©termination de tous les acteurs Ă poursuivre les auteurs dâactes dĂ©lictueux et criminels dans nos structures ;
- lâarrĂȘt de la stigmatisation des agents de santĂ© qui sont rendus parfois responsables des dĂ©faillances du systĂšme de santé ;
- la mise en place dâune bonne politique de sĂ©curitĂ© au sein des formations sanitaires avec le renforcement des services de sĂ©curitĂ© en collaboration avec les services de police ;
- lâexigence dâun document dâidentitĂ© pour lâaccĂšs aux services de santĂ© avec le renforcement des contrĂŽles de sĂ©curitĂ© pour empĂȘcher lâentrĂ©e dâarmes ;
- lâapplication stricte du principe « un malade un accompagnant » ;
- la mise en place de systÚmes de sécurité biométrique dans les salles de soins ;
- le renforcement des capacitĂ©s de lâensemble des agents de santĂ© en communication hospitaliĂšre et accueil des patients ;
- la mise en place dâun systĂšme dâinformation et de sensibilisation des patients et des usagers sur leurs droits et leurs obligations dans les services de santĂ© ;
- la crĂ©ation dâun service juridique et du contentieux avec lâinstauration dâun numĂ©ro vert pour faciliter et enregistrer les plaintes des citoyens, la dĂ©claration des actes de violence (document simple de dĂ©claration, procĂ©dures) et permettre les dĂ©marches y relatives (convention-hĂŽpital-police-justice).
Ces propositions qui avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© mises sur la table en 2017 doivent ĂȘtre examinĂ©es avec la plus grande attention pour nous Ă©viter de vivre dâautres drames et dâentamer lâengagement des agents de santĂ© dans les soins.
La multiplication de ces actes vient aussi rappeler au Ministre de la SantĂ© et Ă tout le gouvernement quâil est urgent de crĂ©er les conditions nĂ©cessaires Ă lâamĂ©lioration de la qualitĂ© des soins. Pour permettre aux hĂŽpitaux et aux agents de santĂ© de jouer pleinement leur rĂŽle, le gouvernement doit vite sâengager pour :
- la mise aux normes en infrastructures et en ressources humaines des formations sanitaires, particuliĂšrement les services dâurgences, sur le territoire national, conformĂ©ment aux recommandations des Ă©tats gĂ©nĂ©raux des hĂŽpitaux ;
- le rehaussement des plateaux techniques des hĂŽpitaux avec des solutions durables et accessibles pour lâĂ©quipement des hĂŽpitaux et la maintenance ces matĂ©riels et Ă©quipements biomĂ©dicaux à travers une rĂ©flexion holistique sur les modalitĂ©s dâĂ©quipement par le partenariat public privĂ© qui a montrĂ© des rĂ©sultats encourageants dans certains hĂŽpitaux ;
- la mise en Ćuvre de lâassurance maladie universelle organisĂ©e par lâĂtat avec lâimplication des premiers acteurs que sont les agents de santĂ©, pour permettre la prise en charge rapide des populations assurĂ©es aux urgences, sans prĂ©paiement ;
- lâachĂšvement de la mise en Ćuvre de la rĂ©forme de la fonction publique hospitaliĂšre ;
- lâaccompagnement consĂ©quent de tous les acteurs concernĂ©s par la rĂ©gulation des professions de santĂ© (financement des activitĂ©s rĂ©galiennes des diffĂ©rents ordres professionnels), la formation continue (syndicats, sociĂ©tĂ©s savantes, associations professionnelles) et lâaccompagnement juridique des citoyens (instances ordinales, chaine judiciaire)
Toutes choses qui permettront aux acteurs de jouer pleinement leurs rÎles en amont pour éviter les crises.
La F-Santé réitÚre sa solidarité et son soutien total au personnel de santé et suivra avec la plus grande attention les suites qui seront données à cette affaire.
Les agressions du personnel dans les services de santĂ© doivent cesser. Par consĂ©quent, la F-SantĂ© se rĂ©serve le droit dâentreprendre toutes les actions nĂ©cessaires pour cela.
Ensemble mobilisons-nous pour la sécurité des soignants et pour la santé des populations !
SYMEB

