Depuis plusieurs semaines, à la lumière de « l’invasion » d’Ebola, on assiste à une autre invasion, non moins inquiétante : celle des gels hydro-alcooliques. Au grand plaisirs des industries qui les fabriquent, le malheur des uns faisant le bonheur des autres. Comme c’était le cas des préservatifs pour le VIH. Très pratiques, ils désinfectent nos mains sans eau ni savon : on peut donc les utiliser n’importe où. Pourtant, leur utilisation parfois maladroite et les ingrédients qu’ils contiennent peuvent entrainer des impacts sur notre santé, notamment chez les plus jeunes. Alors quels sont les dangers de ses gels et sont-ils, malgré la psychose d’EBOLA, vraiment indispensables dans notre vie quotidienne ?
Les solutions hydro-alcooliques, qu’est-ce que c’est ? A quoi ça sert ?
Les solutions hydro-alcooliques ont envahi les pharmacies et les rayons de supermarchés depuis peu, (On m’informe qu’il y a rupture de stock !) date à laquelle les premiers cas de d’Ebola ont été détectés et que le virus, qui se répand d’homme à homme, s’est répandu dans une bonne partie de l’Afrique occidentale. Les symptômes de cette maladie virale peuvent être multiples : fièvre, douleurs musculaires, maux de gorges, toux, fatigue… En Côte d’ivoire, les autorités ont été très vigilantes. Elles ont donc recommandé de se laver les mains régulièrement avec de l’eau et du savon, ou avec des solutions hydro-alcooliques, composées principalement d’alcool.
Malgré leur propriété antiseptique, elles n’ont pas de propriété nettoyante. Autrement dit, si les mains sont désinfectées, elles ne sont pas pour autant débarrassées de leur saleté lors de l’utilisation de solution hydro-alcoolique contrairement au savon classique.
Les dangers liés à l’utilisation des solutions hydro-alcooliques
Des études ont présenté des cas de symptômes comme des irritations, un état de somnolence ou d’agitation et même d’ébriété chez des enfants. Dans 65% des cas, le gel avait été ingéré, et dans 35% des cas, il avait été en contact avec les yeux.
Cette étude a également mis en évidence la dangerosité de ces produits pour les plus jeunes car plus de 50% des personnes souffrant de ces symptômes étaient âgées de moins de quatre ans.
Les dangers liés à la composition des solutions hydro-alcooliques
La composition de ces gels varie d’un produit à l’autre, et en y regardant de plus près, ces gels peuvent contenir des substances chimiques qui peuvent avoir des impacts sur notre santé, surtout s’ils sont utilisés quotidiennement et plusieurs fois par jours. Alors quels sont ces ingrédients nocifs présents dans les gels hydro-alcooliques ? Il y a bien sûr l’alcool qui peut être irritant et qui peut causer des problèmes en cas d’ingestion mais il y en a d’autres…
• Le triclosan
Le triclosan est un antibactérien utilisé dans les gels hydro-alcooliques mais aussi dans de nombreux autres produits d’hygiène personnelle comme les savons, les dentifrices, les déodorants.
Déjà considéré comme perturbateur endocrinien ayant des effets néfastes sur la thyroïde, le triclosan est aussi accusé, comme tout antibactérien de développer une résistance à certains antibiotiques. Mais ce n’est pas tout : récemment, une étude menée par des toxicologues de l’Université de Californie – Davis aux USA a montré que le triclosan peut avoir des effets délétères sur les fonctions musculaires, et notamment celles du cœur. Chez des patients atteints d’insuffisance cardiaque, le triclosan pourrait avoir un effet significatif en raison de son utilisation massive.
Une autre étude récente a également avancé un risque augmenté d’allergie. Le triclosan modifie la flore bactérienne sur la peau, dans la bouche et dans les intestins. Une modification de la flore, avec la suppression de « bonnes » bactéries peut entraîner un risque accru d’allergies, ce qui explique l’association entre le triclosan et une incidence accrue d’allergies.
• Les éthers de glycol
Certains gels hydro-alcooliques peuvent aussi contenir des éthers de glycol, mentionnés sur les étiquettes comme éthylène glycol ou propylène glycol. Ce sont des solvants appartenant à une famille de substances chimiques utilisées depuis des décennies en raison de leurs propriétés remarquables : ils peuvent se mélanger à la fois dans l’eau et les graisses, ce qui permet de mélanger entre elles des substances non miscibles. Ils sont également peu volatils et odorants mais ils sont aussi très nocifs pour la santé… S’ils sont ingérés ou inhalés dans des concentrations de vapeur très élevées, ils peuvent causer une dépression du système nerveux central pouvant entraîner des maux de tête, des nausées, des vertiges, une somnolence et même le coma. Par ailleurs, en cas de contact prolongé certains d’entre eux sont irritants pour la peau et les yeux et peuvent être responsables de dermite d’irritation en cas de contact répété[3]. Outre les effets irritants et neurotoxiques, les éthers de glycol sont suspectés d’être reprotoxiques (Un produit est classé « reprotoxique » quand il affecte les capacités reproductrices, en réduisant la fertilité ou en entraînant la stérilité) et de nombreuses études scientifiques l’ont prouvé.
Autre effet des éthers de glycol sur la reproduction : les malformations congénitales. Des analyses ont mis en évidence une fréquence plus élevée d’aberrations chromosomiques et de cassures chez les exposés in utero comparés aux non-exposés.
D’autres études scientifiques ont révélé que les éthers de glycol peuvent affecter la qualité du sperme et ainsi favoriser la stérilité chez les hommes. Des chercheurs[5] ont étudié les effets de l’exposition passée et actuelle à des produits contenant des éthers de glycol sur la qualité du sperme et les hormones reproductives chez 109 hommes. L’exposition passée aux éthers de glycol a été associée au risque accru de diminution de la concentration du sperme, de la mobilité des spermatozoïdes et de leur apparence morphologique par rapport aux valeurs de référence de l’OMS.
Même si les gels hydro-alcooliques sont une alternative pratique au lavage des mains, leur utilisation doit rester exceptionnelle, c’est-à-dire uniquement en l’absence de point d’eau. La meilleure façon de se laver les mains en toute sécurité reste l’eau et le savon. Par ailleurs, il est important de tenir ces produits hors de portée des enfants et d’éviter les gels « aromatisés » qui peuvent davantage attirer les enfants.
Références bibliographiques :
[1] Produits hydro-alcooliques destinés à l’usage cutané : étude rétrospective des cas d’intoxications recensés dans les CAPTV en 2009, septembre 2010.
[2] Cherednichenko G, Zhang R, Bannister RA, Timofeyev V, Li N, Fritsch EB, Feng W, Barrientos GC, Schebb NH, Hammock BD, Beam KG, Chiamvimonvat N,Pessah IN., Triclosan impairs excitation-contraction coupling and Ca2+ dynamics in striated muscle. Proc Natl Acad Sci U S A. 2012 Aug 13.
[3] Fiche solvant INRS, Ethers de glycol, 2011.
[4] El-Zein RA, Abdel-Rahman SZ, Morris DL, Legator MS., Exposure to ethylene glycol monomethyl ether : clinical and cytogenetic findings., Arch Environ Health. 2002 Jul-Aug ;57(4):371-6.
[5] Multigner L, Ben Brik E, Arnaud I, Haguenoer JM, Jouannet P, Auger J, Eustache F., Glycol ethers and semen quality : a cross-sectional study among male workers in the Paris Municipality. Occup Environ Med. 2007 Jul ;64(7):467-73.
[6] Bertelsen RJ, Longnecker MP, Løvik M, Calafat AM, Carlsen KH, London SJ, Lødrup Carlsen KC., Triclosan exposure and allergic sensitization in Norwegian children. Allergy. 2012 Nov 12. doi : 10.1111/all.12058.
Rewindé

